lundi 30 décembre 2024

 Découverte d'un décolonial

En décembre 2023, est paru aux éditions Le Tripode, Moi le glorieux de Mathieu Belezi.

Qui est Mathieu Belezi? De son vrai nom Gérard-Martial Princeau, il est né à Limoges en 1953. Diplômé de géographie, il enseigne en Louisiane, puis s'en va vivre au Mexique, au Népal, en Inde... En 1999, il décide de se consacrer à l'écriture et depuis 2004 il vit dans le sud de l'Italie.

C'est en 2011 qu'apparaît dans son roman Les vieux fous, le personnage d'Albert Vandel  riche colon pieds noirs. On le retrouve dans Moi le glorieux paru en 2023 et dans Le temps des crocodiles publié en 2024.

Notre critique portera sur Moi le glorieux.

Qui est le Glorieux? Il s'agit donc d'Albert Vandel, riche colon, il possède 2350 hectares de terres: vignes, agrumes, céréales... et plusieurs propriétés.

Albert Vandel "achète tout"; tout ce qui se vend, mais aussi ce qui ne se vend pas. Il achète aussi les députés, les ministres.

Selon Mathieu Belezi, Vandel est l'allégorie de la colonisation; lors des premières pages, l'action se déroule à la veille de l'indépendance de l'Algérie. Réfugié dans son bunker, protégé par plusieurs dizaines de légionnaires armés jusqu'aux dents, il se remémore son passé qu'il raconte à Ouhria, jeune kabyle qui vient chercher quelque réconfort entre les énormes cuisses d'Albert, vieillard impotent et impuissant. Car Vandel a 150 ans, il a vécu les débuts de la conquête, " il a sorti l'Algérie de sa fange paresseuse", il a la main sur Bastos, sur la Société Algérienne des Eaux, sur le marché de l'Alfa, sur la Banque Industrielle de l'Afrique du Nord, sur les Ciments Lafarge, sur les ports, sur le marché  des phosphates, sur la presse...

Mais Vandel est pétri de qualités; il est pétainiste pendant la guerre, il "bouffe" du bolchevik et du socialo -" "au trou Thorez et Blum"-, il est antisémite, machiste, violeur à l'occasion, aime par dessus tous les orgies et les femmes, obsédé par le sexe -l'auteur nous inflige trois pages de descriptions pornographiques de la nuit de noces de Vandel-, obsédé également par la longueur de son braquemart -24 ou 25 cm selon les moments, vit passionnément de nombreuses coucheries - il a eu six femmes légitimes et d'innombrables maîtresses car il possède toutes les femmes, riches ou pauvres-, grand buveur de whisky, de Dom Pérignon et de Châteauneuf du pape, il fume des cigares cubains. Il a plusieurs voitures, dont une Jaguar et une Cadillac qu'il maltraite sur les routes encore mal goudronnées de la Mitidja -dans les années trente. Son Algérie, c'est le Far West, il se fait justice et fouette à  mort trois Arabes qui ont eu le malheur de pénétrer sur ses terres. Vandel, à l'occasion des fêtes du centenaire reçoit fastueusement le président de la république, qu'il méprise, comme tous ces ministres venus de métropole et qui ne savent rien de l'Algérie. L'auteur a parfois la rime riche -crouille et couille- et se complet dans des descriptions de scènes orgiaques ou de scènes de guerre tout droit sorties de western de série B.

Voilà donc la colonisation vue par un décolonial forcené. Avouons qu'il est difficile d'aller jusqu'au  terme du livre -329 pages quand même-. L'histoire finit mal bien évidemment, alors que Vandel tente après avoir quitté son domaine de traverser l'Algérie, et se dirige vers le Sahara afin de gagner l'Afrique du Sud, ses légionnaires harcelés par des rebelles tombent les uns après les autres, et Vandel le dernier, à qui on coupe les c......, ce qui était sa hantise, lui qui en avait tant coupé aux crouilles qui vouaient attenter à sa vie.

Mathieu Belezi est donc persuadé que la colonisation était un crime contre l'humanité, et utilise tous les clichés les plus grossiers et les plus éhontés jusqu'à donner la nausée au lecteur, tant son style -que d'aucun critique qualifie de truculent-est vulgaire et son histoire qu'il voudrait tragique n'est qu'une succession de faits ennuyeux, lassants et redondants.

lundi 16 décembre 2024

 

La Gauche française, Sandrine Rousseau et Boualem Sansal

 

Le grand écrivain franco-algérien Boualem  Sansal a été arrêté le 16 novembre à sa descente d'avion à Alger par la police algérienne. Son délit? Apparemment ses récents propos auraient offensé les autorités algériennes.

Mais encore? Les propos de Boulem Sansal sur le Sahara occidental et sur la frontière algéro-marocaine, au moment où le président de la République française était en voyage officiel au Maroc,  auraient fortement irrité le pouvoir algérien. Il convient également de rappeler que dans un passé récent, Boualem Sansal a toujours dénoncé les dangers de l'Islam salafiste en France et a laissé entendre que l'Algérie était un régime autoritaire. Cela a suffi pour que le gouvernement algérien procédât à son arrestation pour atteinte à la sûreté de l'état.

Très rapidement, dans le monde, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer ce qu'elles considéraient comme un arbitraire. C'est ainsi que les écrivains Salman Rushdie, Wole Soyinka, Orhan Pamuk, Alaa Aswarny, Roberto Saviano, Peter Sloterdjik... ont réclamé sa libération immédiate. En France, les prix Nobel J.M.G. Le Clézio et Annie Ernaux, l'académicien  François Ruffin, Emmanuel Carrère...  et d'autres voix émanant du monde politique ont demandé également sa libération. Du monde politique, ai-je dit? En réalité, je me dois de nuancer mon propos car à gauche, hormis l'ancien président François Hollande, le député Jérôme Guedj et quelques rares membres du P.S. qui émirent des protestations, la gauche donc se signala par un silence assourdissant. Je ne crois pas avoir entendu Monsieur Mélenchon et ses sbires, monsieur Bompard, mesdames Panot, Aubry... émettre une quelconque défense de l'écrivain, ni l'éminent communiste monsieur Roussel. Chez les écologistes, l'omni-présente sur les plateaux de télévision Marine Tondelier est d'un mutisme consternant. Mais la palme de l'ignominie est revenue sans contestation à madame Sandrine Rousseau.

Selon elle, Boualem Sansal est un suprémaciste. Toujours selon elle, les propos de l'écrivain relèvent de l'extrême droite !!

Madame Rousseau a-t-elle vérifié la définition de suprémaciste. Aidons-là: "partisan d'une idéologie qui postule la suprématie d'une race" en l'occurrence, bien évidemment la race blanche. On est en droit de rester abasourdi devant une telle assertion. Mais dans la vilénie on peut faire pire et madame Rousseau ne s'en prive pas. Boualem Sansal a tenu des propos d'extrême droite; lesquels? Ceux qui mettent en garde contre l'Islam salafiste, bien sûr. Parce qu'en France, quiconque ose critiquer l'Islam est un fasciste. C'est ainsi que Michel Onfray, Florence Bergeaud-Blackler, voire même Gilles Kepel qui, il y a trente sept ans était un lanceur d'alerte avec son livre Les Banlieues de l'Islam, seraient donc des fascistes. En mai 2023, Florence Bergeaud-Blackler n'a pu donner une conférence à la Sorbonne sur les Frères Musulmans. Quoi de plus normal pour madame Rousseau et ses séides qui ont la liberté d'expression sélective.

D'autre part, madame Rousseau ne connaît pas apparemment l'histoire du Maghreb contemporain. Il convient donc de l'aider et de lui rappeler qu'au XIXème siècle avant la présence française en Afrique, le sultan chérifien exerçait son autorité du détroit de Gibraltar quasiment jusqu'à Saint Louis du Sénégal et que le peuple sahraoui, si tenté que cette entité nationale existât alors, vivait sous le gouvernement marocain. Il convient également de lui rappeler que la frontière algéro-marocaine a été créée par les Français, qui, avant la signature du protectorat avec le Maroc ont considérablement "poussé" la frontière afin de faciliter leur pénétration en territoire marocain. Boualem Sansal, qui  connaît bien l'histoire du Maghreb a donc raison. Je recommande à madame Rousseau de se rendre sur le site de mon confrère Guy Pervillé, grand spécialiste de l'histoire du Maghreb contemporain afin de parfaire sa culture historique. Mais peut-être qu'elle préfère se documenter chez Benjamin Stora, lequel a tenu des propos odieux sur Boualem Sansal alors qu'il intervenait il y a quelques jours sur France V.

Brisons là et concluons. 

Les dictatures ont toujours craint le pouvoir des mots. En Russie, Alexeï Navalny a payé de sa vie son inlassable dénonciation d'un pouvoir autoritaire et corrompu.

Dans le Chili de Pinochet, le grand écrivain Luis Sepulveda est resté emprisonné 27 mois dans les geôles du dictateur; j'ose espérer que Boualem Sansal ne connaîtra pas le même sort.

mercredi 4 décembre 2024

 

Qui était Larbi Ben M'hidi?

 

         Le 1er novembre 2024, le président de la république Emmanuel Macron reconnaissait que Larbi Ben M'hidi avait été assassiné par des militaires français. D'autre part, l'ambassadeur de France en Algérie déposa une gerbe de fleurs de fleurs sur la tombe de Ben M'Hidi.

         L'information, relayée par les médias, a dû laisser la majorité des Français perplexes, car l'homme leur était totalement inconnu. Par contre une frange de la population a réagi violemment, jugeant cet acte inacceptable et insultant.

         Qui était donc Larbi Ben M'hidi? Né en 1923 dans les Aurès,  il fait des études secondaires après l'obtention de son certificat d'études. A dix sept ans, il s'engage dans les rangs de scouts musulmans, puis adhère au Parti du Peuple algérien (PPA) de Messali Hadj et milite en faveur de l'indépendance de l'Algérie. Au lendemain des événements de Sétif, il est arrêté. Sitôt relâché, il adhère au MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques). . En février 1947, est créée l'Organisation Spéciale (O.S.) au sein de laquelle, on retrouve dans le comité directeur des figures qui joueront un rôle déterminant durant la guerre d'Algérie, comme Ben Bella, Boudiaf, Hocine Aït Ahmed.. L'O.S. se lance dans la lutte armée et s'illustre par une série d'actions spectaculaires, dont la plus célèbre est l'attaque de la grande poste d'Oran. En 1950, l'O.S. est démantelée par la police française, des centaines de militants sont arrêtés et jugés, ceux qui ont pris la fuite sont jugés par contumace; c'est le cas de Ben M'Hidi qui écope d'une peine de dix ans de prison. Commence alors pour lui une vie dans la clandestinité durant laquelle il ne reste pas inactif, puisqu'en juin 1954, il fait partie du Groupe des 22 qui se prononce pour "la révolution illimitée jusqu'à l'indépendance totale". Lors du déclenchement de l'insurrection, Ben M'Hidi s'est vu confié la direction de la wilaya V (Oranie). En 1956, quitte la direction de la Wilaya V et la confie à son adjoint, le sinistre Boussouf qui fit régner la terreur dans ses rangs et qui fut l'un des assassins de son compatriote Abane Ramdane. Ben M'Hidi est alors à la tête de la Z.A.A. (Zone Autonome d'Alger) et organise une série d'attentats visant la population civile afin de semer la terreur dans la ville. Le plus célèbre est celui du Milk Bar, le 30 septembre 1956, glacier réputé et fréquenté par des familles revenant de la plage. Trois jeunes femmes sont tuées, une soixantaine de personnes sont blessés parmi lesquelles de nombreux enfants dont les petites Nicole Guiraud amputée d'un bras et Danille Michèle-Chich amputée d'une jambe. En janvier 1957, face à ces attentats aveugles, est lancée la Bataille d'Alger à la tête de laquelle est nommé le général Massu. Ben M'Hidi est arrêté le 23 février 1957 et exécuté sans jugement dans la nuit du 3 au 4 mars 1957.

         Après l'indépendance, Ben M'Hidi est élevé au rang de héros national. Une université une commune portent son nom.  Il est présenté comme le "Jean Moulin algérien". A ce stade de mon article, que l'on me permette d'émettre un   avis, je doute fort que Jean Moulin ait commandité des attentats visant à tuer des femmes et des enfants.

         Autre ombre au tableau, en 2017, dans une interview donnée au journal El Watan, la sœur de M'Hidi émet très sérieusement l'hypothèse que son frère ait été dénoncé à l'armée française par un de ses compagnons d'armes, dont elle cite même le nom !

         Alors l'initiative du président de la république française était-elle judicieuse?

         Je laisse le lecteur juge.

 

 

 

 

 

mercredi 28 juin 2023

A propos du dictionnaire de la guerre d'Algérie


            Sorti en librairie il y a quelques semaines, l'ouvrage est présenté en page quatre de couverture comme une œuvre élaborée "avec le souci d'objectivité et d'exigence intellectuelle qui seul peut aider à faire progresser la connaissance" .

            Notre intérêt est ainsi aiguisé et nous nous empressons de consulter le livre. Œuvre monumentale qui offre plusieurs centaines d'entrées, nous décidons d'en consulter quelques unes afin de vérifier l'assertion qui nous est présentée au dos de l'ouvrage.

            C'est ainsi que nous consultons en premier une notice qui traite d'un sujet longtemps occulté par les historiens français et dont l'événement a été reconnu par le président de la république en 2022, il s'agit du massacre d'Européens à Oran le 5 juillet 1962. Première surprise, l'article a été confié à un archiviste, Fouad Soufi, et non à un historien. Certes l'archiviste est un Algérien en poste à Oran, il serait donc susceptible d'être le mieux à même de nous offrir enfin une version authentique des faits. Et c'est alors que nous sommes confrontés à une deuxième surprise de taille: le bilan! 25 Européens tués et 76 Algériens! Bilan donné par le docteur Naït directeur de l'hôpital civil. "A ces chiffres, il faut ajouter [ dit l'auteur] les personnes enlevées, assassinées et inhumées clandestinement"; sans aucune précision complémentaire. Fouad Soufi ne peut pas ne pas connaître les travaux de Jean-Jacques Jordi qui, après des années d'enquête a conclu à un bilan de 700 Européens tués. Chiffre confirmé par un autre historien Jean Monneret. Au passage, signalons que si Jean Monneret est cité dans la bibliographie de la notice, J.-J. Jordi est oublié; ils sont d'ailleurs les grands oubliés de cet ouvrage. Ni Jordi, ni Monneret n'ont rédigé une notice dans ce dictionnaire. Pourquoi? Leurs travaux et leurs conclusions seraient-ils politiquement incorrects et très éloignés du discours idéologique de Tramor Quemeneur, Raphaëlle Branche et Sylvie Thénaut? Mais revenons à Fouad Soufi; il ne peut pas ne pas avoir eu connaissance des charniers du Petit Lac. Enfin comment Fouad Soufi peut-il imputer la mort des Européens et des Algériens aux seuls "Marsiens"? Quid des responsabilités de membres de la Z.A.O. (Zone Autonome d'Oran) que Fouad Soufi exonère avec légèreté en se contentant de citer les paroles rassurantes prononcées par le capitaine Bakhti le 30 juin! Et "cerise sur le gâteau" Fouad Soufi conclut: "l'absence de nombreuses archives... contribue à entretenir le silence sur cette période". Il n'existerait donc pas d'archives algériennes? Comment croire cela? Les Algériens si prompts à demander l'ouverture des archives françaises ne sont donc pas prêts à ouvrir les leurs! Le lecteur objectif est donc consterné par cet article éhonté qui donne un bilan humain totalement faux de la journée du 5 juillet. Bilan bien évidemment repris par Sadek Benkada, chercheur en anthropologie sociale à Oran dans la notice qu'il consacre au général Katz; comme chez Fouad Soufi, une seule source donnée, celle du docteur Naït! On notera au passage que Katz est exonéré de toute responsabilité dans sa non intervention lors de la journée tragique, et que l'auteur est à la limite de l'éloge:" le général réussit à mener tant bien que mal les opérations de maintien de l'ordre". Le "tant bien que mal" est bien évidemment à imputer à l'OAS. "Des tentatives de réconciliation [ entre qui et qui? OAS et FLN? on ne sait] ont lieu le 28 juin et marquent un répit" [?] Etonnant. Très étonnant. Après l'incendie du port d'Oran le 25 juin, les derniers membres de l'OAS quittent la ville.

            Mais revenons sur le bilan humain  [de la guerre d'Algérie]; nous avons eu l'idée de lire la notice qui lui est consacrée par Tramor Quemeneur. Une page entière consacrée aux morts et blessés algériens, dix lignes sur les harkis, cinq lignes consacrées aux civils européens. 2 788 morts; je crois avoir lu qu'en réalité il s'élevait à plus de 3 000 morts. Accordons lui toutefois ce chiffre, le temps m'a manqué pour consulter mes sources. Par contre, ce que l'on ne peut pas accepter, c'est le nombre de 875 disparus donné par monsieur Quemeneur qui semble totalement ignorer les travaux du GRFDA (Groupe de Recherche des Français Disparus en Algérie) et dont la présidente, madame Colette Ducos-Ader a pris la précaution de s'entourer d'historiens, J.-J. Jordi, Jean Monneret et Guy Pervillé; lequel groupe travaille en étroite relation avec l'ONAC. Or ce groupe de recherches fait état de 1 752 européens enlevés et disparus à jamais. Quelle est la source de Tramor Quemeneur? On ne sait. Pourquoi diminue-t-il son bilan de moitié? On ne sait. D'autre part, on relève un manque de cohérence entre les auteurs. Quand Tramor Quemeneur donne le chiffre de 875 européens disparus, Yann Scioldo-Zürcher évalue à 3393 européens enlevés et disparus dont 3018 durant le printemps 1962 (Page 1036). Quand Tramor Quemeneur dit que l'OAS a tué 3500 personnes (il faut toujours se méfier des chiffres ronds), Yann Scioldo-Zürcher évalue à "environ" 2200 personnes victimes d'attentats ciblés de l'OAS. Qui croire? Mais le sommet de la mauvaise foi revient à Raphaëlle Branche qui, dans son article portant sur les  disparitions, (page 416 à 419) consacre 9 lignes aux enlèvements d'Européens; je me sens obligé de la citer sans émettre un commentaire tant le lecteur relèvera l'énormité de la malveillance: " le printemps et l'été 1962 voi[en]t revenir cette pratique des disparitions... La plupart des personnes disparues ont été vues pour la dernière fois avec des acteurs mal identifiés mais algériens et souvent armés. Elles semblent avoir été visées pour leur qualité de français et pour des raisons essentiellement crapuleuses (le vol de leur voiture notamment) ou liées à des règlements de compte accompagnant la fin de l'Algérie française... Très rapidement on parle de plusieurs centaines de disparus et les rumeurs se chargent de diffuser des récits effrayants....". C'est moi qui souligne. Que de précautions oratoires:  "semble", "on", "rumeurs". Madame Branche a-t-elle consulté des sources? A-t-elle rencontré des témoins? Connaît-elle les travaux du GRFDA? Si Raphaëlle Branche dans sa bibliographie cite J.-J. Jordi, elle omet Jean Monneret!

            Loin de moi, la prétention d'écrire un contre dictionnaire, aussi je citerai ça et là quelques autres erreurs et / ou approximations.

            Ainsi, lorsqu'on lit la notice relative au CIPCG ( Centre d'instruction à la Pacification et à la Contre Guerilla), les deux pages sont consacrées au centre d'Arzew; rien sur celui de Philippeville, pourtant inauguré, si je ne m'abuse par Jacques Chaban Delmas alors ministre de la Défense Nationale et des Forces Armées dans le gouvernement de Félix Gaillard.

            Deux articles m'ont interpellé; celui sur la fusillade de la rue d'Isly, le 26 mars 1962, et la notice biographique de Christian Fouchet signée par Chantal Morelle, historienne chargée des études et recherches à la Fondation Charles de Gaulle. Dans ces deux articles aucune mention n'est faite pour rappeler la responsabilité de Christian Fouchet dans la fusillade de la rue d'Isly. Pourtant, il était alors Haut Commissaire à Alger. Seuls responsables les soldats du 4ème RTA; des officiers subalternes avaient alerté l'état major lui demandant de ne pas envoyer les soldats de ce régiment. Christian Fouchet ne pouvait ne pas être au courant de la situation. Il était responsable du maintien de l'ordre. Pourquoi tant d'indulgence envers ce ministre? Pourquoi ce mensonge par omission? Mensonge par omission aggravé par le fait que dans ces deux articles, pas une ligne ne rappelle la morgue indifférence de de Gaulle qui, dans son allocution télévisée du 26 mars au soir n'a pas un mot de compassion envers les victimes de la tragédie. Surtout, évitons d'écorner le mythe du grand homme.

            J'ai relevé cette même indulgence dans la notice biographique consacrée à Louis Joxe rédigée également par Chantal Morelle qui minimise son rôle dans l'empêchement du rapatriement des harkis. Etait-il judicieux de confier ces deux biographies de ministres gaullistes à une historienne membre de la Fondation Charles De Gaulle? Je me contente de poser la question... C'est bien évidemment elle qui rédige l'article sur de Gaulle. Je relève page 546 qu'il propose aux nationalistes algériens la paix des braves. Mais rien sur le chef de la wilaya 4 Si Salah, qui, tout disposé à négocier la paix des braves s'était rendu secrètement à l'Elysée afin de rencontrer de Gaulle. Au passage, je note une erreur page 1148 dans la notice que lui consacre Ouanassa Siari Tengour où l'on peut lire que Si Salah se rend à l'Elysée le 9 juin 1962; l'homme était mort depuis une année; vraisemblablement une faute de frappe.

            Bien d'autres articles m'ont interpellé. Pourquoi la notice concernant "Jeune Nation" a-t-elle été rédigée par Tramor Quemeneur et non par Olivier Dard; dans cette même notice, on peut lire "Michel Leroy a été exécuté"... par qui? Au passage rappelons que dans les sources, les archives du CDHA auraient pu être citées; mais Tramor Quemeneur ne doit pas connaître ce lieu. De même pourquoi l'article consacré à Jean-Marie Le Pen a-t-il été octroyé à l'historien communiste Alain Ruscio; là encore, Olivier Dard aurait été le mieux à même d'écrire une notice objective. Ce même Ruscio rédige l'article "Nostalgérie". J'avoue craindre le pire... et je ne suis pas déçu. Mon confrère reprend les poncifs les plus éculés: "entreprise de récupération et d'instrumentalisation [ des associations, des individus ?], à des fins politiques, le plus souvent par les courants d'extrême droite". Ou encore "une réécriture partisane de l'histoire". Plus loin, "on peut sans exagération parler d'un véritable lobby qui a... ses moments forts...  la présence tous les 26 mars, à l'Arc de triomphe à la mémoire des morts de la rue d'Isly, ses lieux mémoriels, le centre de documentation d'Aix en Provence...". J'arrête là l'énumération tant elle me donne la nausée. Monsieur Ruscio, les morts du 26 mars ne méritent -ils pas un hommage? Le président de la république a reconnu l'an dernier la responsabilité de l'état dans cette tuerie.  Le centre de documentation d'Aix en Provence est le plus grand centre d'archives privées de France, témoin de la présence française en Afrique du Nord; des chercheurs du monde entier viennent consulter ces archives. Je suis prêt à vous accueillir et vous servir de guide si vous voulez bien daigner le visiter. Confier la rédaction de cet article à Jean-Jacques Jordi ou à Guy Pervillé aurait servi une écriture plus objective de l'Histoire. D'autant que monsieur Ruscio à qui, bien évidemment a été confiée la rédaction de la notice "l'Humanité" oublie que son journal au lendemain des événements du 8 mai 1945 à Sétif a qualifié les manifestants indigènes d'émeutiers à la solde du nazisme. Qui parle d'une écriture partisane de l'Histoire?

            Autre sujet sensible: le 17 octobre 1961, notice rédigée par Linda Amiri. C'est décevant qu'une docteure en Histoire se réfère à un journaliste maoïste qualifié d'historien. Les chiffres que ce dernier a fourni -393 morts- sont contestés par  nombre d'historiens de sensibilité différentes, comme Jean-Paul Brunet ou même les britanniques Jim House et Neil Mac Master. Le philosophe Paul Thibaud dans la revue Esprit critique sévèrement les méthodes et les conclusions d'Einaudi qui agit par choix politique afin d'exonérer le FLN, lequel FLN a intimidé en usant parfois de violence les immigrés algériens afin de les obliger à manifester. Les historiens britanniques notent que plusieurs dizaines de décès sont survenus avant le 17 octobre. Madame Amiri cite par la voix de Marguerite Duras un témoin algérien qui dit :"nous avons une vie terrorisée". Terrorisée par qui? Par la police française? Rappelons que le FLN mène une guerre sans merci en métropole contre les militants du MNA et contre tous les immigrés qui refusent de contribuer aux levées de fonds qui permettraient au FLN de poursuivre la lutte qu'il mène en métropole depuis trois ans. Enfin, pourquoi Linda Amiri instruit un procès à charge contre le seul préfet Maurice Papon, alors que celui-ci était en communication constante avec le ministre de l'intérieur Roger Frey ? Heureusement Olivier Dard qui a rédigé la notice "Frey" rappelle les responsabilités de ce dernier. Lequel Frey informait de Gaulle...

            La notice, brève, sur le 19 mars rédigée par Sylvie Thénault, est un modèle d'écriture d'une histoire partisane. Ainsi, on apprend qu'au lendemain de la signature des accords d'Evian, l'OAS se déchaîne. Notre confrère Guy Pervillé signale que dès le lendemain de la signature des accords, l'ALN sort de ses casernements, au mépris de ces mêmes accords et massacre plusieurs dizaines de harkis en Oranie. Plus loin, on peut lire, et c'est ahurissant, le 19 mars a été choisi par les deux belligérants [ armée française et FLN] pour cesser de s'affronter! Il faut dire cela à toutes les familles des soldats français qui ont été tués, enlevés et ont disparu à jamais entre le 19 mars et 31 décembre 1962. Je passerai très vite sur la notice que Sylvie Thénault a rédigée sur Amédée Froger; mon confrère Jean Monneret  adresse une réponse détaillée au livre qu'elle a écrit sur Les ratonnades d'Alger et dans lequel elle consacre un passage aux obsèques d'Amédée Froger qui ont conduit à des massacres d'indigènes. Cette réponse détaillée paraît dans la revue Mémoire Vive du CDHA , laquelle association entretient selon elle "une mémoire rapatriée nostalgique de l'Algérie française". Je doute fort qu'elle connaisse le lieu et le Conservatoire créé en 2019, et il serait bon qu'elle le fréquentât eu égard à sa qualité d'historienne et à la richesse des archives auxquelles elle serait confrontée.

            Les articles consacrés aux harkis ont été attribués sans surprise à Fatima Besnaci-Lancou reconnue depuis plusieurs années comme l'historienne patentée de cette communauté dont elle est elle même issue.

            Je ne voudrais pas lasser le lecteur, mais bien évidemment nombre d'autres articles seraient sujet à débat comme celui consacré à l'association des ulémas qui occulte le fait que certains d'entre eux ont rejoint le FIS bien des années après la fin de la guerre d'Algérie, ou encore celui consacré à Boumediene qui se révèle bien indulgent...

            Au final, donc, ce dictionnaire est à manipuler avec infiniment d'esprit critique car le souci d'objectivité que met en avant Jean-Luc Barré dans la quatrième de couverture est souvent mis à mal dans le contenu des notices; il est également mis à mal dans le fait que n'ont pas été contactés à des fins de contribution des historiens reconnus comme Jean-Jacques Jordi, Jean Monneret, Pierre Vermeren... Il a été attribué à Guy Pervillé une portion congrue. Nombre de notices sont succinctes, je pense à celle consacré à Camus, la littérature francophone est d'ailleurs le maillon faible de cet ouvrage -bien que Zineb Ali ben Ali lui ait attribué trois pages: aucune notice pour Pélegri, Roblès, Sénac qui en sont les grands absents et qui ont joué un rôle durant la guerre d'Algérie.

            Alors? Ouvrage parcellaire? Ouvrage Partisan? Ouvrage indispensable? Ouvrage néanmoins à consulter précautionneusement.

 


           

 

lundi 1 mars 2021

Rapport Stora : Intervention dans l'émission 18h30 France 3 PACA du 18/02/21

 

 Invité sur l'émission 18h30 de France 3 PACA, avec Jean-Jacques Lion du Collectif de sauvegarde des cimetières d'Oranie, j'y ai exprimé mes réserves sur le rapport Stora

 
 
Retrouvez également la réponse des historiens (dont je suis signataire) au rapport Stora sur la revue en ligne Etudes coloniales : http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2021/02/18/38823229.html


samedi 20 février 2021

A propos de l'émir Abdelkader

    Parmi les propositions qui figurent dans le rapport que Benjamin Stora a remis au Président de la République, l'une d'entre elles nous a paru étonnante. Celle qui consiste à proposer de construire une stèle à Amboise, à l'effigie de l'émir Abdelkader qui lutta contre les Français entre 1832 et 1847. Pourquoi Amboise? Parce qu'après sa reddition en 1847, l'émir fut conduit en exil en France, d'abord à Pau, puis au château d'Amboise où il séjourna entre 1848 et 1852 en compagnie de sa mère, de ses trois épouses, de ses enfants, de membres de sa famille, de domestiques, et de compagnons. Durant ce séjour, 25 personnes de sa suite décédèrent de maladie, de vieillesse.... et furent inhumés dans les jardins entourant le château. Un an après son départ fut érigé un cénotaphe carré de trois mètres de haut surmonté d'un croissant, cénotaphe qui existe toujours.    

    Au début du XXIème siècle, un architecte paysager, Rachid Koraïchi aménagea dans les jardins du château un espace consacré aux 25 membres de la famille et compagnons de l'émir inhumés à Amboise. Ce fut le Jardin d'Orient constitué de 25 stèles taillées dans des pierres d'Alep et gravées d'hymnes à la paix et à la tolérance extraits du Coran. Le Jardin d'Orient fut inauguré le 23 juin 2005.

    Le 16 novembre 2006, la place de l'émir Abdelkader est inaugurée à Paris par le maire Bertrand Delanoë dans le cinquième arrondissement. 

    Le 12 décembre 2008, la place de l'émir Abdelkader est inaugurée à Lyon dans le septième arrondissement. 

    Toujours en 2008, est émis un timbre poste d'une valeur de 0,54 euros à l'effigie de l'émir. Ce timbre est aujourd'hui côté 1,25 euros. 

    Je suppose que mon éminent confrère historien n'est pas sans ignorer tous ces faits. 

    Alors est-ce utile d'émettre la proposition d'ériger un nouveau monument à la gloire de l'émir? D'autant que, mais cela Benjamin Stora ne pouvait le prévoir, sa proposition a suscité un tollé en Algérie; le président de la Fondation de l'émir Abdelkader, par ailleurs descendant de l'illustre personnage a exprimé son refus quant à l'érection d'une statue de son ancêtre en France et a lancé une pétition électronique afin de collecter des signatures pour rejeter cette proposition. 

    Je terminerais sur un clin d’œil de l'Histoire.. Français et Algériens savent-ils qu'en 1950 a été émis en Algérie un timbre poste en Algérie, d'une valeur de 40 francs, timbre poste sur lequel figuraient côte à côte Abdelkader et..... Bugeaud ! C'est Mohamed Racim qui avait dessiné les personnages et Charles Paul Dufresne en avait été le graveur.

lundi 8 février 2021

Réponse au rapport Stora

    Benjamin Stora a donc rendu son rapport au Président de la République, rapport ayant pour objectif de réconcilier les mémoires franco-algériennes et les mémoires franco-françaises, mémoires qui s'affrontent à propos de la guerre d'Algérie.

    Disons le tout net, il est impossible à ce jour de réconcilier les mémoires franco-algériennes! Pourquoi?

    Parce que l'Algérie, depuis 1962 a construit une histoire mythique de la construction de sa nation, et une histoire mythique de ce qu'elle appelle la guerre d'indépendance. En effet , ériger en vérité historique les 45 000 morts de la répression du 8 mai 1945 est un mythe. D'abord parce que les estimations les plus élevées donnent un chiffre de l'ordre de 6 à 8 000 victimes. Certes, c'est énorme, mais cela représente huit fois moins que le chiffre référent de la République algérienne. Ensuite, 45 000 morts dans le Constantinois est un non sens démographique. Jamais la population n'aurait pu connaître l'accroissement démographique qu'elle a connue au cours des deux décennies suivantes. Il en est de même du nombre des victimes indigènes de la guerre d'Algérie. 450 000 morts est le nombre communément admis. Or en Algérie, l'association des anciens combattants avance régulièrement 1500000 morts. Démographiquement irréaliste. On lit donc une Histoire falsifiée. Il en est de même des trois siècles d'occupation ottomane -oserai-je parler de colonisation?- qui sont gommés; pourtant cette occupation fut très dure, les Ottomans n'hésitant à perpétrer des massacres contre des tribus rétives à l'impôt ou qui exprimaient des velléités d'insoumission. Que dire de Mokrani "grande figure de la résistance au système colonial" qui fut longtemps un grand ami de la France? Que dire d'Abd el Kader lui aussi grand résistant qui jamais ne put, ou ne sut fédérer tout un peuple contre l'occupant français? La liste est longue des événements qui ont été "fabriqués" pour donner une légitimité au pouvoir en place depuis 1962; il est dans ses conditions difficile pour ne pas dire impossible de se réconcilier, avec un pays dont l'Histoire est mythique et non objective. La réconciliation ne pourra être possible que le jour où éclora une génération d'historiens algériens totalement indépendants du pouvoir. Aussi je consacrerais la suite de ma réponse aux mémoires franco-françaises. Je tenterais d'éviter les arguments relevant d'arguties politiciennes pour me concentrer sur des faits historiques.

    Parmi les propositions de Benjamin Stora figurent quelques unes qui ne peuvent réconcilier les mémoires franco-françaises.

    La commémoration du 19 mars. Proposition surprenante. Tout d'abord référons nous à quelques citations. 

François Mitterand, président de la république:" Une telle décision entraînerait la confusion dans la mémoire de notre peuple".

Maurice Allais, prix Nobel d'économie en 1988:"Pour les victimes des Accords d'Evian, le 19 mars ne peut constituer un moment solennel de commémoration". Maurice Allais par ailleurs parle des "Non accords d'Evian" et "d'accords déviants".

Nicolas Sarkozy : "Pour que la commémoration soit comme il faut, il faut que la date célébrée soit acceptée par tous; ce qui n'est pas le cas". Citation intéressante car comment cette date peut-elle être acceptée par tous? Les accords d'Evian ont été violés dès le lendemain par le FLN qui massacre des Harkis à Saint Denis du Sig; c'est Guy Pervillé qui rappelle ce fait. Après le 19 mars le FLN multiplie les enlèvements, ce que Jean Monneret qualifie de terrorisme silencieux. Plus de 1 600 Européens enlevés et qui ont disparu à jamais selon J.J.Jordi. Comment occulter les massacres d'Oran du 5 juillet? Environ 700 victimes!  N'oublions pas les victimes militaires; plus de 600 soldats français sont morts après le 19 mars; de nombreux militaires ont été enlevés et ont disparu; 15 le 5 juillet à Oran. 8 dans le secteur d'Aïn el Turck le 8 juillet. Enfin des dizaines de milliers de Harkis massacrés. En aucun cas le 19 mars ne peut être une date de commémoration qui réconcilierait les Français.

    Autre proposition surprenante; commémorer la date du 17 octobre 1961 concernant la répression des travailleurs algériens à Paris lors d'une manifestation qui avait été interdite par le préfet de police. Un journaliste maoïste, Jean Luc Einaudi -et non un historien- a fait état de plus de 100 morts, chiffre repris par les Algériens et plus surprenant par certains historiens dont Gilles Manceron -au fait je n'ai jamais trouvé chez cet historien son sujet de thèse. Pourquoi retenir un chiffre fourni par un journaliste d'extrême gauche et non celui d'un historien, Jean Paul Brunet qui revoie les chiffres considérablement à la baisse. D'autant que selon Einaudi, un certain nombre de victimes ont été abattues avant le 17 octobre et un certain nombre après cette date. Et c'est là qu'Einaudi devient intéressant dans le sens où l'on pourrait s'interroger sur le nombre de victimes dues au FLN. En effet, les membres du FLN exerçaient une véritable terreur envers leurs compatriotes qui refusaient de manifester, qui refusaient d'être rackettés ou qui étaient membres ou sympathisants du mouvement de Messali Hadj. Aurons-nous un jour accès aux archives du FLN qui nous permettraient de savoir combien de ses compatriotes il a jeté dans la Seine avant et après la manifestation?  

    Les dates de ces deux commémorations demeurent parmi les propositions, celles qui seront un frein, un obstacle majeur à la réconciliation des mémoires en France. Par contre proposer la date du 5 juillet serait un point positif encore faut-il que l'Etat algérien reconnaisse ce massacre et que l'état français reconnaisse sa responsabilité, le président de la République d'alors ayant ordonné aux militaires français de rester dans leurs casernes alors que leurs compatriotes se faisaient massacrer à leurs portes. Rappelons que le massacre d'Oradour sur Glane (environ 700 morts) a été reconnu par les historiens allemands.

    Les autres propositions relèvent de ce que l'on peut appeler de la démagogie. "Panthéoniser" Gisèle Halimi? Surprenant. En tant que défenseuse des terroristes FLN, elle a droit à sa statue en Algérie, pas en France. Rendre le canon Baba Mezroug? Outre le fait, comme le rappelle Guy Pervillé, qu'il a servi à exécuter nombre de prisonniers français dont le Père Levacher, ce qui est une insulte à la mémoire de ces victimes, quitte à le rendre, rendons le aux Ottomans! Bien évidemment le lecteur aura compris qu'il s'agit d'humour cynique de ma part. Une statue à l'Emir Abd el Kader à Amboise? N'y-a-t-il pas déjà une stèle? Donner un nom de rue à Emilie Busquant qui aurait confectionné le drapeau algérien? Outre le fait que les Français n'en ont cure de savoir qu'une de leur compatriote aurait confectionné le drapeau algérien, il convient de rappeler qu'il y a quelques années une polémique a secoué la presse algérienne entre partisans de Busquant et opposants; ces derniers ne lui reconnaissant pas l'honneur d'avoir été la première à confectionner la drapeau. Que la France reconnaisse l'assassinat de l'avocat Ali Boumendjel? Pourquoi pas? Pourrait-on obtenir la réciprocité de l'état algérien qui reconnaisse sa responsabilité dans les massacres d'El Halia, lesquels avaient suscité l'horreur chez Abane Ramdane, sa responsabilité dans le massacre de Melouza, sa responsabilité dans le massacre d'Oran.....

    Je ne reviendrais pas sur la question de la restitution des archives à l'Algérie. Mon collègue Guy Pervillé a envoyé une réponse fort documentée à Abdelmajid Chikhi directeur des Archives algériennes.

    Poursuivre l'activité du comité mixte d'experts scientifiques algériens et français chargés d'étudier la restitution des restes humains de combattants algériens... Oui. Mais il faut la encore obtenir la réciprocité. Où sont enterrés les soldats français qui jamais n'ont réapparu? De même des Harkis et des civils européens? Je rappelle qu'il existe une commission américaine qui officie au Vietnam avec le soutien des dirigeants de ce pays dans la recherche des corps des soldats US. Et chaque fois que des restes sont exhumés, ils sont rapatriés aux Etats Unis. Ce travail de coopération pourrait-il être concevable entre la France et l'Algérie?

    Réactiver le projet de musée de l'histoire de la France et de l'Algérie? Pourquoi pas? Mais le projet devra être encadré par de nombreux historiens, algériens indépendants du pouvoir -une utopie?- et français, mais pas seulement ceux qui sont coutumiers des médias ou qui écrivent l'histoire de l'Algérie selon une doxa répandue dans la presse. Outre Benjamin Stora, Raphaëlle Branche, Trévor Quemeneur, Sylvie Thénault, il serait bon que figurent à leurs côtés, Guy Pervillé, Jean-Jacques Jordi, Jean Monneret, Olivier Dard, Jeanine Verdès-Leroux... Car qui parle de musée, parle de mémoire, bien évidemment, mais aussi et surtout d'Histoire. Or ce que semble occulter Benjamin Stora, c'est que par delà le conflit mémoriel il existe en France un conflit d'écriture de l'Histoire. Contrairement à ce que dit Manceron que je me refuse à qualifier d'historien et qui a accusé Guy Pervillé d'être proche des milieux  nostalgériques, un comble de la part de ce monsieur qui est un militant à la solde d'une idéologie, il existe en France une pléiade d'historiens qui hélas, écrivent une Histoire partisane ou une Histoire à sens unique. Je suis d'accord pour que l'état français reconnaisse le rôle de l'Armée dans les disparitions d'Algériens, mais dans le même temps il faut demander à l'Algérie qu'elle reconnaisse son rôle dans les disparitions, les massacres des civils européens d'Algérie et des Harkis et il faut que la France rende hommage à ces victimes. Et c'est là que le bât blesse pour certains historiens. Demander, exiger cette reconnaissance n'est en aucun cas être un nostalgique de l'Algérie française. C'est seulement contribuer à l'objectivité de l'Histoire.

    Quant aux essais nucléaires, je rappellerais qu'entre 1962 et 1966, l'Algérie était indépendante et une nation souveraine. Le FLN ne s'était pas gêné pour violer les accords d'Evian dès le 20 mars; pourquoi l'Algérie indépendante a-t-elle laissé poursuivre les essais nucléaires: 11 sur les 17 effectués. Au nom de quels intérêts?

    Je ne prétends pas avoir appréhendé le rapport Stora dans sa globalité. 200 pages, avec les annexes, c'est considérable. Mais je voulais apporter quelques éléments de réflexion historique à mes lecteurs en essayant de dépasser les arguments politiciens